Se jeter à l'eau

Se jeter à l’eau


Leïla vit une vie tranquille et lisse, un ronron quotidien dans lequel elle se sent un peu à l’étroit. Cette vie, qu’elle a l’impression d’avoir choisie, semble l’étouffer, sans qu’elle sache vraiment pourquoi.

C’est une succession de signes qui l’amènent à prendre la route, partir en Bretagne sur les traces de sa vie, de ses envies et de son histoire pour se bâtir le futur qu’elle désire et le tourner vers le monde, la mer et les baleines.

« Douzième campagne de l’organisation Save the ocean contre la pêche de cétacés.
Look over there !
Des jours et des jours à supporter le froid, l’attente, les exercices…
Juste pour ce moment-là.
Ce miracle de la nature, la plus grande forme géante sur terre.
Ce mélange de puissance et de grâce qui nous donne comme jamais la sensation d’être vivants. »
Voici la scène d’ouverture de la très belle bande dessinée SE Jeter à l’eau scénarisée par Gwénola Morizur et illustrée par Elléa Bird – Illustration, parue en Mars dernier.
Leila aime la mer, les poissons, elle travaille dans un aquarium. Elle achète des crabes vivants chez le poissonnier pour les relâcher dans l’océan.
Elle a le cœur juste des pirates qui défendent les fonds marins et le courage tranquille des gens ordinaires.
Leila c’est vous, Leila c’est moi.
Il y a le vide devant, le vent qui pousse et souffle dans le dos, le cœur gros qui tambourine et plein d’embruns d’adrénaline.
Comme la sensation d’une détermination absolue : il faut le faire.
Il faut plonger.
Ce plongeon sera salvateur. L’eau sera froide, saisissante mais elle sera vivifiante.
C’est ce saut dans le vide qui permettra de se sentir de nouveau à sa place, de sortir du carcan étriqué et rigide qu’on a soi même construit, de retrouver enfin la sereine plénitude de la liberté.
C’est ce que nous raconte Gwénola Morizur dans ce très beau scénario qui met en scène la dualité entre un quotidien taciturne et la poésie onirique de l’océan.
Le tout, merveilleusement illustré par le talent d’Ellea Bird, une dessinatrice bibliophile qui sent bon les herbes séchées et le thé chaud. Elle nous enivre de couleurs pastel vibrantes, de motifs hors cadre pour donner à Leila le visage tendre et pugnace de ceux qui ont le courage d’accorder leur choix de vie à leurs valeurs.
Des valeurs, on connait Gwénola Morizur pour en défendre. Quand elle rentre dans la librairie elle entraine avec elle un baluchon d’idées à partager qui ont la chaleur des sourires et la douceur de l’écoute.
La nature toujours présente dans son travail a encore la part belle dans cet ouvrage.
Voilà donc une bande dessinée engagée qui fait du bien car elle est sans jugement.
Elle nous encourage avec délicatesse à faire un pas en avant de l’infiniment petit vers l’infiniment grand. »

Shawan illustrations